18 juin 2009
Mini Fasnet 2009 - Arret a Kinsale
Nous avons du faire escale a Kinsale ( Ireland) et abandonner la course.
J etais en retard sur la preparation du bateau. Mon long chantier de cet hiver s est finalement termine avec la fin du printemps. Je suis tres contente du resultat car le bateau est comme neuf et j ai beaucoup appris en termes de bricolage. En contrepartie je n ai pas navigue et je suis en retard sur un certain nombre de sujets ( reconstitution du materiel de securite endommage lors du retour des Acores, obligations administratives et medicales pour la participation a la Transat...). Nous avons passe une semaine intense a Lorient afin de regler des details sur la preparation du bateau. Je sais, depuis la course des Acores, qu il ne faut negliger aucun detail. Je suis tout de meme arrivee a Douarnenez avec une belle liste de taches a effectuer.
Le Fastnet etant ma premiere course et, etant en retard sur la preparation du bateau, je me suis accordee une certaine tolerance en me disant que c etait la course de mise en route et que l objectif primordial reste la Transat.
Je me rend compte en remontant sur le bateau que je me sens vraiment chez moi et je retouve vite les sensations. J apprehendais la reprise apres 8 mois sans naviguer, mais, comme dit Yann Elies "le bateau, c est comme le velo, ca ne s oublie pas!". En fait, c est tout simplement rassurant de sentir que l on peut s appuyer sur son experience et je me rend compte que celle ci a considerablement augmente avec mon aller retour vers les Acores.
C est toujours un regal de naviguer en baie de Douarnenez avec 75 Minis. Nous prenons beaucoup de plaisir a courir le prologue et nous terminons a une honnete 22ieme place en ayant la satisfaction d un depart tres ose mais amusant ( nous avons en fait vole le depart) et d une belle remontee sur les portants.
En revanche, je renvoie le spi pour la premiere fois depuis l affalee de celui-ci a la Nouch Sud aux Sables d Olonne et Benoit me signale qu il est dechire. Je ne m affecte pas de ce nouveau probleme, c etait previsible. Mais tout de meme, c est encore une tache a gerer.
Dimanche, je prend un mauvais depart. Nous sommes au milieu d un groupe de bateau et nous n avons pas de vent. " On est derjos" me dit Benoit en souriant! (Benoit est TOUJOURS positif!!!!).
Nous partons cependant du cote favorable avec plus d air et nous recollons vite au paquet. J adore cette longue sortie de la baie de Douarnenez. Nous tricotons tres bien dans ces conditions instables. Mon experience des regates de Dragon a Cannes et l experience du Tour de France de Benoit s accordent bien et nous faisons un tres bon travail. A la Basse Vieille, les premiers ne sont plus tres loin...
Au dela du plaisir de naviguer en Mini, j eprouve une grande joie a regater. Peut on rever mieux qu une flotte de 75 Minis regatant dans 15 noeuds de Vent dans le chenal du Four ? Pas sur...
Nous tactiquons efficacement et, au pointage 20 h, nous sommes ... PREMIERS !!!!!! Sur le moment nous ne le savons evidemment pas, mais nous avons conscience de notre bonne position.
J ai cependant un manque flagrant de vitesse au portant lorsque le vent monte. C est atterant! C est ainsi que nous voyons la flotte revenir a grand pas sous spi. Nous constatons donc, lorsqu ils nous doublent, que de tres bons concurrents etaient DERRIERE nous.
Mais pourquoi faut il que lorsque nous passons le phare de Wolfrock en Angleterre, il se mette a pleuvoir??? C est certainement le prix a payer pour naviguer sur le territoire de la Perfide Albion ! Et il n y aurait pas de satisfaction a passer ce phare si cela n etait pas difficile.
Les conditions pour acceder au Fastnet sont bonnes et je me surprend a penser " c est gagne, on va le faire!". Cependant mes quelques lectures de recits d alpinisme m ont appris que les problemes surviennent souvent a la descente, lorsque la concentration diminue et que la fatigue augmente.
Le vent monte a l approche du Fastnet. Nous sortons les longes de securite et les gilets de sauvetage puis rangeons le gennaker. Il y a 25 - 30 noeuds et 4 metres de creux. Des paquets de mer s ecrasent sur le pont et viennent rouler dans le cockpit. A 00h 30 nous passons ce phare mythique qui me fait rever depuis si longtemps. Il faudra evidemment que je revienne pour le voir de jour.
La nuit est tres difficile. Le vent monte. Il y a 30 noeuds etablis et une mer forte. La nuit est noir et nous subissons l assaut de la mer. "Cela va bien finir un jour !!" me dis-je. Le barometre ne cesse de descendre.
Nous enfilons les combinaisons de survie et reduisons la toile au maximum. En regardant ma trajectoire a posteriori, je constate que nous avons reduit beaucoup trop tard, ce qui nous empechait de faire du cap.
A 6 h00 du matin, Benoit et moi sommes motives et encourages par le jour qui se leve. Je m installe sous la casquette et Benoit prend la barre. Il constate alors que la ralingue de la GV s est arrachee du mat au niveau du troisieme ris. La sanction est immediate, la course est finie, il faut abandonner et prendre une decision. Nous n avons pas ferme l oeil de la nuit et sommes en hypothermie. Sur les conseils de Benoit, je gree la voile de cape qui, je crois, n avais jamais servie. Nous ne savons pas quoi faire. Benoit barre au 45, tandis que je barre au 100 ! Pour moi la solution raisonnable est de rejoindre le port le plus proche mais je m inquiete de ne pas avoir de carte detaillee des ports Irlandais. Rentrer en France sous greement de fortune est une solution risquee ( nous evoluons lentement sous greement de fortune et n avons pas de visibilite sur l evolution de la depression) mais qui nous eviterait de nous retrouver en TPS dans les rues d Irlande.
Je prends enfin la decision de rejoindre Kinsale a 10 milles de notre position. L enthousiasme revient apres cette decision avec la perspective de profiter d une Guinness au bar du Yacht Club.
Le vent tourne et nous devons tirer des bords sous greement de fortune. Il y a du courant et bientot nous nous eloignons du port. Je suis aux bords de la crise de nerfs. Tout devient difficile et il est hors de question de passer la nuit a tirer des bords ou a attendre la renverse de courant. J appelle des secours en VHF et nous voyons un petit cargo ( Granuaille ) se derouter. Il s agit en fait d un bateau dedie a la maintenance des balises. C est un plaisir de les voir manoeuvrer. Nous partons en remorque vers le port de Kinsale.
Un zodiac des cost guard vient enfin nous remorquer jusqu au port et nous profitons d un tres bel accueil.
Reste maintenant a organiser le retour de Benoit en avion et le mien en bateau. Je dois aussi revoir mon programme du mois de Juillet car il est evident que la preparation du bateau doit etre finalisee.
Je suis bien sur decue d abandonner cette course mythique, d autant que je connaissais la defaillance de cette ralingue depuis mon arrivee aux Acores. Mieux vaut que cette avarie survienne au retour du Fastnet qu au milieu de l Atlantique!
Commentaires
Que de courage !
Salut Marine !
Impressionnant le récit de ta mésaventure. Tu as fait preuve de sang froid et de courage. Je suis sûr que la course des Açores t'a apporté les enseignements utiles pour gérer cette crise.
Aller, tu seras prête pour le transat :-)
Maxence
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