29 septembre 2007
Régates Royales 2007 : 13 ièmes et 1er Français

Imaginons !
Une baie bordée de roches rouges, l’Esterel, le Pic de l’Ours. Au milieu de cette baie, deux îles vertes de végétation. Un fort. Un monastère. Quelques balises signifiant des rochers affleurant la mer : la Fourmigue, le Bateguier. Au loin, on voit les Alpes, parfois couvertes de neige. Une eau bleue, chaude, scintillante. Elle devient argentée lorsque le soleil se couche.
C'est la BAIE DE CANNES !
Et c'est l’écrin des plus beaux diamants.
Ces diamants sont de bois vernis. Des mats en spruss, des lattes en pin d’Oregon. Des profusions de cordages, de torons, de câbles et de chaînes. Des champs de toile. Des équipiers qui s’agitent et travaillent.
Ces diamants répondent aux noms de Mariquita, Seven Seas, Oiseau de feu, Cambria. Ils attirent l’œil du promeneur venu flâner sur les quais du Vieux Port. Ils submergent d’émotion le navigateur qui les croise en mer. Car enfin, existe t’il un spectacle plus majestueux que ces géants de bois glissant et s’effleurant dans la plus belle baie du monde ?
Les Régates Royales, c’est ça ! Un spectacle unique au monde.

C’est une compétition de haut niveau qui rassemble les meilleurs skippers de la Volvo Ocean Race, de la Coupe de l’America et des Jeux Olympiques. C’est ainsi que j’ai pu apercevoir Paul Cayard en discussion avec Marc Pajot et Dennis Conner ! Si ces monstres sacrés de la voile s’affrontent en 12 M JI (les anciens bateaux de la Coupe de l’America), la flotte des Dragons ne démérite pas ! Aux traditionnels Poul-Richard Hoj-Jensen (« Dieu »), Vincent Hoesch (« Vincy ») et Martin Payne (« Stavros ») s’ajoutent de fins limiers venus de l’Est, tel Yevgen Braslavets, médaillé d 'Or aux Jeux Olympiques en 470.

Après une semaine de régates dans des conditions tout à fait méditerranéennes (petits airs ou fort coup de vent !), nous finissons à la 13 ième place sur 81 bateaux et 1er Français !
Je suis très satisfaite de ce résultat, "à domicile", d'autant que les conditions de navigation n'ont pas toujours été faciles. La journée du Jeudi a notamment été marquée par un puissant orage: le vent a soufflé à plus de 30 noeuds, la mer s'est creusée et l'on a du déplorer la perte de deux Dragons et de nombreuses avaries dans la flotte des Classiques.
Nous avons eu beaucoup de plaisir à naviguer dans ces conditions "musclées". Le bateau était vautré, dérapait dans les surventes, la grand'voile claquait et imposait de violentes secousses au mat, qui, dans ces conditions, ne nous trompait plus sur sa rigidité! Nous étions au rappel, trempés, heureux. J'étais particulièrement amusée par notre foc léger ! J'avais demandé plusieurs fois à changer le foc léger pour le médium car, avant le départ, la mer moutonnait et un énorme nuage noir obstruait l'horizon. "Mais non ! Tu vas voir, ça va passer ! C'est juste un grain !" m'a-t'on dit. Et c'est ainsi que nous naviguions dans 30 noeuds de vent avec un foc léger, et un gréement tout juste tendu....
Le bord de portant fut une intense jouissance: le Dragon partait au surf dans des éclats d'écumes! On atteignait des vitesses records pour ce type de bateau. Le second bord de portant fut d'autant plus agréable que nous passions l'équipage de Braslavets ! Quelques soient les conditions, le bateau ou le championnat, c'est toujours satisfaisant de battre un champion olympique!

17 septembre 2007
Les Trois Continents : La civilisation et la barbarie
Le bateau file entre 10 et 14 nœuds. Il accélère, accélère, tombe, tape, rebondit, percute, plonge et ressurgit. J’ai le bras droit fatigué, crispé et je n’en peux plus de cette vitesse, de cette tension. Nous dévalons les vagues comme un skieur dévale un champ de poudreuse et notre sillage sur la mer est comme une trace dans la montagne.
Parfois le bateau ralentit. Le gennaker se dévente et claque. L’écoute bat violemment. C’en est fini du bouillonnement d’écume, de la trace des safrans sur la vague. Pendant quelques fractions secondes, je profite d’un peu de répit, d’un peu de silence. Je souffle, me détend. Soudainement, le gennaker se regonfle ! Le bateau sursaute et accélère. Je suis saisie, crispée. On est reparti à creuser notre sillon sur la mer !
Il faut maintenant empanner. Enfin !
Je décide de ne pas renvoyer le gennaker. Je n’en peux plus. On finira sous grand voile seule.

Je n’ai jamais vu de vagues aussi grosses. Il y a peut-être cinq ou six mètres de creux, ce qui est disproportionné au vu du vent. Elles nous poussent à 8 ou 9 nœuds et je dois forcer le bateau à abattre dans les surfs pour faire la route. Les conditions ne sont pas dangereuses mais nous décidons tout deux de nous harnacher. Nous décidons aussi de rester tous les deux sur le pont. Lorsque Thomas barre, je regarde les vagues qui déferlent derrière nous. « Attention ! Celle-là elle est grosse ! » Et puis, non… La vague rattrape le bateau, le pousse. Le bateau accélère et la vague déferle derrière. Tout se passe bien et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Mais où sont les autres ? Metalco ? C’est sûr ils sont au port ! Zygomar ? On espère qu’ils sont derrière…

Enfin nous apercevons les lumières de la ville, sur l’île de Gozo. Après la sauvagerie des dernières heures, c’est incroyable de voir ces lumières et de deviner cette civilisation. Il me semble voir des minarets, mais ils sont tout droit sortis de mon imagination : il s’agit d’un cargo qui sort du port ! Un cargo ! Ah non ! J’espère que nous n’allons tout de même pas devoir tirer des bords pour éviter des cargos !
Nous longeons sereinement les côtes maltaises. Le vent refuse et nous sommes maintenant à une allure confortable. Mon attention baisse. Dans l’obscurité, je ne vois pas apparaître ce train de deux grosses vagues dans le travers. Lorsque je les vois enfin, je ne peux retenir un cri ! Nous sommes travers à la vague ! Celle –ci va déferler et entraîner le bateau ! Je me dis que ça y’est, c’est la dernière vague…
Elle déferle effectivement et nous nous retrouvons dans un bouillon d’écume.
Mais d’où viennent-elles ces vagues croisées ? Qu’est-ce qu’elles veulent ? Et pourquoi il n’y en a que deux ?
J’ai le sentiment d’avoir vu traverser un couple de dinosaures sur une grande avenue parisienne, sans que personne ne s’en alerte ! On ne sait pas d’où ils viennent ni où ils vont, mais il vaut mieux ne pas être sur leur passage !

Il faut maintenant négocier l’approche du port et , très clairement, sur ce sujet, je suis perdue ! Je laisse la barre à Thomas qui semble avoir une idée précise de ce qu’il faut faire.
La VHF grésille et nous interceptons très clairement une conversation entre Zygomar et le Comité. « Tu rentres dans le port, tu passes la ligne et ensuite il y a un zodiac qui te prendra en remorque et qui t’aidera à t’amarrer ». Comment ? Zygomar est déjà arrivé ? Mais c’est impossible ! Nous avons du trop traîner sous grand voile seule et pendant ce temps, il a du lâcher les chevaux. Nous ne cachons pas notre déception d’être troisième et cela me rappelle le mauvais souvenir de la Course des Lions.
Nous entrons enfin dans ce que nous devinons être le port. Nous glissons silencieusement sous les remparts de La Vallette. Le dôme est éclairé. C’est magique ! La civilisation après la barbarie.
Nous retrouvons Metalco au port. Mais où est Zygomar ? Il n’est pas encore arrivé ! Nous sommes seconds !
Il ne nous reste plus qu’à profiter d’un de mes moments préférés : le partage d’expérience, les récits passionnées et la nuit qui suit.

Les Trois Continents : Les Montagnes Russes ou "La Finale du Super G"
5 Juillet 2007
Le soleil grimpe et s’établit sur la mer. Les nuages se dissipent, mon inquiétude aussi. Le vent semble mollir et la mer s’aplatit. Nous envoyons le spi medium. Le bateau va vite mais reste maniable et j’ai la satisfaction d’avoir la bonne voile au bon moment. Thomas me garantit que le grand spi pourra être réparé, que ce n’est rien. Ça va mieux.
Le vent souffle à 25 – 30 nœuds et nous sommes à plus de 100 milles de Malte. Le bateau file et nous enchaînons des heures de navigation à 10 nœuds de moyenne. Le spi medium est parfaitement adapté à la situation et rend la barre légère. Les trajectoires sont saines. Je n’ai jamais vu mon Mini comme ça ! La vitesse ! La vitesse ! Les gerbes d’eau !
La mer se lève.
Les creux sont de plus en plus gros et le bateau ne cesse d’accélérer. Nous n’arrivons plus à tenir notre rythme de quart et décidons de garder la barre une heure chacun. Celui qui ne barre pas reste dans le cockpit, le plus en arrière possible. Nous avons déjà matossé tous les poids à l’arrière. Avec deux ris dans la grand’voile, ça va mieux. Nous ne nous rendons pas compte de la vitesse du vent. Je me concentre sur ma respiration et sur la trajectoire du bateau. Il faut négocier les crêtes qui déferlent et parfois accepter de ralentir pour ne pas se précipiter sur une pente trop raide ou rattraper un train de vagues. C’est très stressant. Nous serons certainement à Malte ce soir. Lorsque nous sommes au sommet de la vague, le bateau ralentit et nous distinguons parfaitement le plan d’eau. Il y a un cargo ici et un autre là. Le paysage est magnifique, comme une vue de montagne. Le ciel est bleu, c’est sauvage. Les vagues déferlent dans un bouillonnement d’écume et de lumière. Elles sont creuses et serrées. C’est blanc.
Je suis effrayée par certaines accélérations et par la raideur des pentes. Au creux de la vague le bateau enfourne puis il repart, porté et poussé par la vague suivante. Parfois, il esquisse un départ au lof, mais il suffit d’un tout petit coup de barre, conjugué à la force de la vague pour le remettre dans sa trajectoire et le faire partir au surf. On aligne les milles. On slalome entre les bosses. Il faut tenir, tenir pour arriver vite à Malte.
Mais où est elle cette île ? Cette civilisation ? Et si certains haut-fonds n’étaient pas mentionnés sur la carte ? C’est peut-être cela l’aventure d’Adventure Bank ?
Il y a une masse sombre, là-bas. Ses formes sont anguleuses comme celles d’une montagne. Est-ce l’île de Pantelleria ? Ce n’est pas possible. On ne devrait pas voir cette île. Lorsque je distingue des lettres blanches sur le rocher, je comprends qu’il s’agit d’un porte-conteneurs. Il fait front à la mer et remonte le canal de Sicile. J’en ai rarement vu d’aussi gros.
Nous partons au lof. Le bateau est posé sur la tranche au sommet d’une vague et les voiles battent violemment. Il y a vraiment du vent ! Trop de vent ! On ne tient plus le spi et il faut l’affaler. On n’a qu’à envoyer le petit spi et l’on pourra continuer nos cavalcades dans l’écume !
Par trois fois je prépare le petit spi et par trois fois il s’emmêle dans l’étai. J’ai honte ! Je ne suis même pas capable d’envoyer une voile ! Je renonce, envoie le solent et laisse Thomas se débrouiller avec.
On subit maintenant la situation. Plein vent arrière, le solent est mal établi. Il passe d’une amure à l’autre et s’entortille autour de l’étai. Il claque, tire sur le mat et se dé lamine. La trajectoire du bateau devient chaotique. C’est pénible et je préfère me coucher.
« On va envoyer le gennaker ! C’est ça qu’il faut faire ! » dis-je après un temps de repos. « On aurait pu le faire il y a une heure ! » me répond Thomas. C’est vrai.
On repart sous gennak’. Le bateau accélère. Ça y’est, on a repris le contrôle de la situation.
16 septembre 2007
Les Trois Continents : 14,4 !
15 septembre 2007
Les Trois Continents : Welcome to Adventure Bank !
Nuit du 4 au 5 Juillet.
L’épisode du filet nous a fait perdre beaucoup de temps… Il faut maintenant mettre du charbon et repartir sous grand spi. On attaque !
Je me sens bien. Le spi est cependant difficile à tenir à cause des vagues. Il dévente et il faut alors reprendre rapidement l’écoute pour éviter qu’il ne claque en se regonflant. Je suis dans le tempo. Je borde, je choque, je borde, je choque. Aller ! Il y a des milles à reprendre !
Et… le spi se déchire. Il éclate à hauteur de la têtière puis se déchire sur toute la longueur du guindant. Il traîne dans l’eau, s’esquinte sur les outriggers. Je l’affale et le récupère. « Il est fichu, celui-là ! ».

C’est un second coup dur. Pour la première fois, je doute de la résistance de mon matériel. Je sais que mes voiles sont fatiguées et je me demande maintenant si elles atteindront Alexandrie. Le solent et le gennaker se dé laminent tandis que les lattes menacent de traverser la grand-voile. Avoir une voile hors d’usage nous mettrait directement hors course et nous finirions dans les profondeurs du classement. Finie la chevauchée fantastique, la cavalcade derrière Metalco !
Comment réparer ce spi ? Peut-on en faire venir un autre de France ? Je suis fatiguée et désabusée.
La manœuvre d’envoi de gennaker est laborieuse et contribue à notre fatigue. Nous sommes crevés.
Le repos est difficile. Il faut assimiler la quille vraisemblablement abîmée, le spi déchiré, le temps perdu… Le bateau a de violentes accélérations, les écoutes claquent et les winchs hurlent. Impossible de dormir ! Lorsque le bateau part au surf, j’ai l’impression d’être couchée sur une luge. Les pieds partent d’abord. Le corps suit. Le cœur tombe dans ma poitrine. Je suis soudainement saisie par une écoute qui claque.
Nous avons cassé du matériel, nous n’arrivons pas à nous reposer et n’allons pas dans la bonne direction. Ça ne va pas….
Je regarde la carte et je souris : nous sommes dans « Adventure Bank » , le banc de l’aventure ! Les fonds remontent considérablement et lèvent une mer croisée, difficile. J’ai l’impression d’être dans un parc d’attraction pour un public en mal de sensations fortes, voire dans un flipper. Adventure Bank nous réserve quelques jolis manèges , tel le « Banco Terribile » où les fonds remontent à moins de 6 mètres.
Je regarde le ciel au petit matin et je frémis : une succession de gros nuages couvre la Sicile. Il doit y avoir de l’orage là dessous et nous sommes obligés de traverser cette zone tumultueuse. Nous n’avons pas eu assez d’aventures cette nuit ! Il faut maintenant que nous ayons à faire à l’orage et à des vents désordonnés et violents…
11 septembre 2007
Les Trois Continents : Un filet dans la nuit
Mercredi 4 Juillet. Vacation radio de 17 heures.
Recroquevillée dans le bateau, la VHF à la main et le journal de bord sur les genoux, je m’apprête à communiquer notre position à l’organisation.
A 16 h 58, on entend encore des grésillements sur les ondes, reflets de communications entre des pêcheurs tunisiens, des cargos italiens, des plaisanciers français. A 17 h 00 pétantes, la voix de Gilbert s’installe et nous interpelle.
La vacation débute par quelques échanges anodins entre les bateaux accompagnateurs. Hinano explique qu’il a affalé son spi car le vent monte et qu’il ne peut plus tenir cette voile sans abattre vers la Tunisie. Cirrus regrette de ne pas avoir de spi lourd et décide d’accélérer car « avec ce vent, les Minis vont débouler sous spi ». Ce vent ? Mais quel vent ?
Tandis que nous continuons notre ballade sous grand spi, il semblerait qu’un nouveau vent vienne étriller la queue du peloton. C’est très inquiétant car nous savons Zygomar dans notre Nord-Est et nous craignons qu’il ne touche ce vent avant nous. Thomas et moi sommes perplexes… Faut-il empanner et se recaler sur la route de Zygomar ? Faut-il continuer sur la route directe ? Après un déballage de cartes et de prévisions météos, nous décidons d’empanner et de lâcher la route directe pour nous rapprocher de ce nouveau vent. On en sent déjà les prémices dans le grand spi.
La nuit tombe et le vent monte. La mer commence à se former. Je barre sous grand spi tandis que nous nous rapprochons du banc des Eskersis, rochers affleurants situés sur la route directe entre Carlo Forte et Malte. Je suis bien décidée à garder le grand spi car nous devons attaquer si nous voulons creuser l’écart avec Zygomar. Tant que nous le pouvons, il faut aussi réduire l’écart avec Metalco. Enfin, les jours passés ont été si doux que j’ai maintenant faim d’action, de gerbes d’écume et d’écoutes qui claquent.
Les vagues sont désordonnées et j’ai du mal à tenir le grand spi. Le bateau file à 12 nœuds dans la nuit et, le ventre serré, je ne cesse de penser aux conséquences d’un choc avec un objet flottant, avec un filet de pêche…

Il y a beaucoup de petites lumières dans le canal de Sicile. Qu’est ce que c’est ?
Les cartes ne mentionnent aucune marque. Sommes-nous à proximité de l’île de Pantelleria ?
Il y a des lumières rouges, vertes, blanches et certaines clignotent. Je suis concentrée à la barre et je ne peux pas quitter le spi des yeux. La situation est pénible. Il ne devrait pas y avoir de lumières ici ! Est-ce que ce sont des cargos ? des pêcheurs ? Dans quel sens se dirigent-ils ? De quel côté faut-il passer de la lumière rouge qui clignote ? Normalement, les lumières des bateaux ne clignotent pas ! Et pourtant ce n’est pas une marque car il n’y a rien sur la carte ! Et pourquoi n’y a t’il pas de lumière verte ? Est ce que ce sont déjà les pipe-lines ?
Tandis que Thomas essaie d’analyser la situation, j’ai de plus en plus de mal à tenir le grand spi.
Je n’y crois pas à cette histoire de pipe-lines !
Je ne suis donc pas surprise lorsque le bateau s’arrête brutalement et part au lof. Ça y est ! Nous venons de cocher une croix supplémentaire dans la liste de nos expériences en Mini et nous sommes empêtrés dans un filet de pêche!
Souvent la crainte du danger est plus pénible à supporter que le danger lui-même et pour cela j’ai toujours une certaine attirance pour ces situations difficiles. Il n’y a qu’au pied du mur que l’on peut véritablement estimer le danger et la difficulté. Et c’est aussi lorsque l’on est au pied du mur que l’on voit les prises qui permettent de l’escalader. Il ne faut pas oublier que l’on sort toujours plus fort de ces expériences difficiles. Au fond de moi, j’éprouve un certain contentement même si je ne sais pas comment nous allons nous en sortir.
Nous essayons de faire marche arrière, mais il est impossible de maintenir la grand voile à contre. Nous prenons la décision d’affaler les voiles et de couper le filet. C’est assez facile car celui-ci est maintenu à la surface par des flotteurs en liège. Nous ne sommes pas encore trop inquiets. Nous lâchons le filet sans avoir fini de le couper. Il coule. Je commence à avoir chaud… Comment allons nous faire pour le récupérer ? Il est extrêmement tendu. Thomas et moi sommes penchés sur les filières et nous essayons de tenir le filet avec la gaffe. Nos mains glissent sur le manche en plastique et nous sommes secoués par les vagues de sorte que la gaffe nous échappe plusieurs fois. Je décide de ranger la gaffe mais celle-ci est prise dans le filet. Impossible de la dégager malgré plusieurs tentatives. Je dois l’abandonner. Nous avons de plus en plus chaud.
Il y a encore beaucoup de petites lumières autour de nous et je craints la confrontation avec un pêcheur. J’aurais eu du mal à justifier le fait que nous ayons tailladé son filet à coups de couteau de plongée .
La situation est critique et nous n’avons plus d’autre solution que de plonger. C’est aussi angoissant pour celui qui plonge que pour celui qui reste à bord. La mer est agitée et le plongeur peut être assommé par le bateau ou rester accroché au filet.
Je décide de plonger.
J’irai passer un bout dans une des mailles du filet de sorte que nous puissions le ramener à bord pour le couper. J’enjambe la filière. Il ne me reste plus qu’à sauter. « Tu m’éclaires, Thomas, hein ! Tu m’éclaires ! » . Thomas me rassure. Je suis accroupie sur le bord du bateau et je me demande moi-même si je vais avoir le courage de sauter.
« J’y vais ! »
« Non! Je n’y vais pas ! » Une vague vient en effet de percuter le bateau et d’anéantir mon courage. Aller ! On y retourne ! Il suffit de bien choisir sa vague ! Où est le filet ? Où est le filet ? Nous ne voyons plus le filet. Thomas s’assoit à la barre.
Il y a un sillage derrière les safrans ! Le bateau avance ! Nous sommes défaits de l’emprise du filet !!! Il n’y a plus besoin de plonger !
03 septembre 2007
Les Trois Continents : Et dire que pendant ce temps là...
Les Trois Continents : On lâche les fauves ! Le départ et la première étape
Dimanche 1er Juillet. On s’active aux derniers préparatifs sur le ponton de la Mairie. Familles et amis ont rejoint les coureurs et chacun se livre avec plaisir au jeu des dernières photos, des derniers films. Demain, nous serons seuls sur nos bateaux et tous ces visages auront disparu. Disparus aussi, la frénésie des derniers jours, le stress du détail négligé.
Au bout du ponton, Jean- Marie Vidal orchestre le départ et largue une à une les amarres des concurrents.
Nous sommes en retard et nous avons du mal à hisser la grand-voile qui se déralingue au fur et à mesure que l’on échine sur la drisse. Conseil de Jean-Marie : " il faudra changer ça pour tes navigations en solitaire ! ". Je sais ! Lors de la Mini Solo, j’avais mis de longues minutes à renvoyer mon second ris après une remontée difficile vers Gruissan, au près dans 40 nœuds de vent.

Le vent monte dans la rade de Marseille et nous prenons le départ au près sous GV un ris. Thomas est à la barre tandis que je joue de la quille pendulaire et du matossage. Je me jette enfin dans les filières, à la manière Melges 24. Notre départ est bon et nous sommes premiers. Sous notre vent, Tatami tient bon, sous GV haute et solent ! L’effronté ! Metalco glisse sous le vent en compagnie de Nicolas Charmet. Ils disparaissent petit à petit dans le brouillard de ce premier dimanche de Juillet.

La traversée est sans histoire jusqu’au sud de la Sardaigne. Le bateau avance vite, facilement et nous taquinons régulièrement les 10 nœuds. Thomas et moi alternons nos quarts toutes les deux heures et nous avons alors le plaisir de nous allonger sur un matelas sec, pas encore poisseux, et de rêver en dormant. C’est presque trop facile ! Pas d’angoisse d’un mistral qui se lève, pas de nuit dans la pétole à enchaîner les changements de voile, pas de murs d’eau s’écrasant sur le pont et pas non plus de petites lueurs persistante derrière nous. Chaque vacation radio nous confirme notre seconde place. Nous sommes tout de même impatients de compter les points au passage de la porte de Carlo Forte. Et… où est Metalco ?

La course au large est une discipline amusante. Au début de l’étape, on distribue les cartes et chacun annonce sa couleur. Ensuite, on joue, on déploie l’option pendant de longues et de longues heures sans savoir quels sont les atouts des autres joueurs. On imagine maints et maints scénarios. Deux fois par jour, le maître du jeu révèle la position des concurrents (sauf s’ils sont trop loin ou si la VHF ne marche pas) et cela donne lieu à de nouveaux scénarios. A la fin du jeu, à l’arrivée ou au passage d’une porte, on compte les points et l’on a parfois des surprises.
A Carlo Forte, nous eûmes lieu de nous réjouir et de nous attrister… Excentric, le bateau pointeur nous confirma notre seconde place. C’est bien ! Mais, lorsque je demandai à quelle heure était passé Metalco, Rémy eut une sorte de gêne, comme une hésitation…. " Metalco est passé ce matin, à 10h30 ". Il était 20h. Sur 300 milles, Matthieu et Laurent avaient réussi à nous prendre 9 h 30. Ce n’est plus une avance, c’est une humiliation !
Les Trois Continents : Le prologue
Samedi 31 Juin. Enfin la joie de naviguer ! Mieux que de naviguer : de régater !
On tire des bords pour sortir du Vieux Port et c’est l’ambiance « match race » qui revient à bord. On enchaîne les virements en frôlant les pendilles. A chaque virement on essaie de progresser, de mieux border le solent, de repartir plus vite. J’adore manœuvrer et j’adore faire hurler les petits winchs. J’adore la sortie du port, Notre Dame de La Garde, le ponton du CNTL, le port de commerce. J’adore aussi la rade de Marseille, avec le Frioul, le Château d’If, les ferrys qui partent pour la Corse. Les soucis de la préparation sont loin maintenant. Il ne reste plus que la mer, le soleil, le bateau. Et nous…

C’est une fête sur l’eau. Il y a les Minis, sous spi. Et les bateaux accompagnateurs sous téléobjectifs, en numérique, en argentique.
Notre départ n’est pas très convaincant mais nous profitons d’un renforcissement du vent au près pour prendre la seconde position, derrière Metalco, le plan Manuard de Matthieu Cassanas et devant Zygomar, le proto Verrier de Mathieu Verrier (!).
Dès que le vent monte, mon bateau se montre très performant dans les allures de près et de reaching et pour cela, je ne cesse de louer Messieurs Fauroux, Caparros et Voultoury !
A la bouée de près, nous sommes les premiers à envoyer le spi et nous creusons ainsi notre avance sur Zygomar et grattons quelques mètres à Metalco. Nous descendons vite dans le lit du vent tandis que Metalco choisit de tirer des bords plus serrés. Ils sont over layline et doivent hisser le solent pour passer la seconde bouée. Rien n’est perdu ! On espère vraiment passer la bouée en tête !
C’est sans compter sur la vitesse insolente de Matthieu et Laurent… On décide de garder le spi sur le dernier bord et cela tourne au distribil !Il ne reste qu’un petit bord jusqu’à l’arrivée, mais on décide d’envoyer le gennaker. Faut rien lâcher !

La manœuvre est confuse et nous ne pouvons rien faire pour rattraper Metalco qui cavale en tête. L’insolent nous a pris 6 minutes sur un parcours de quelques milles !
Cette seconde place est de bonne augure. Je suis très motivée et je tiens surtout à laver le souvenir des trois places perdues dans la pétole lors de la Course des Lions. Cette fois-ci, on ne lâchera rien !
01 septembre 2007
Les Trois Continents : Préparatifs d'une régate
Il y a d’abord la préparation du bateau.
C ‘est une sorte de jeu de l’oie, un parcours obligé auquel se livrent tous les concurrents. Chacun joue à sa manière, mais tous doivent franchir les mêmes étapes. Cette année, nombre de concurrents – dont je fais partie – furent bien surpris par la case « jauge ». Habituellement , on la franchit d’un coup de dé et l’on n’en parle plus. Cette année il y avait Joël, David et les OSR (Offshore Sailing Rules).
Ma rencontre avec Joël fut mémorable. Sur les pontons de Port Camargue, Joël promenait son œil inquisiteur. Un bateau blanc, prototype de son état, accrocha soudain son regard et le processus se mit en route : dissection, analyse, mesure. Où est la faille ?
Je me tenais non loin de là, naïvement occupée dans la découverte enthousiaste du bateau d’un de mes concurrents. J’avais une épée de Damoclès au- dessus de la tête et celle-ci ne tarda pas à s’effondrer : « 395 !!! Avez-vous fait une dérogation pour vos filières arrières ? Non ? De toutes façons aucune dérogation ne sera acceptée ! ».
Dans un autre contexte, j’avais déjà entendu ces intonations qui traduisent la rigueur et l’attachement à la règle. Remis dans le contexte de la voile et de la course au large, cela aurait donné « Les Règles de Jauge sont gravées dans le marbre ! Ce n’est pas à nous de les inventer ! ».

J’étais hors la loi car les chandeliers de mes filières arrières étaient espacés de plus de 2,20m. Il fallait que cela cadre ! Il fallait que la réalité du bateau soit conforme avec certaines spécificités décrites dans le manuel de jauge. Me sentant reprouvée, je débauchai toute mon énergie pour enfin obtenir un regard bienveillant de Joël, le gardien du temple des OSR.
J’abordai donc la préparation du bateau avec un peu de stress. Quel paragraphe de la jauge n’avais-je donc pas lu ? Sur quel sujet pouvais-je donc me faire redresser ?
Outre la case « jauge », la case « Shipshandler » est particulièrement prisée des participants au jeu de la préparation. On tombe régulièrement sur la case « Shipshandler » et à chaque fois, on doit se défaire d’un petit billet. Certains concurrents sont si coutumiers du fait qu’ils finissent par mieux connaître le magasin que les vendeurs. Les nombreux allers-retours sur la case « Shipshandler » ralentissent bien la progression des joueurs. Dans le cas des Trois Continents, ils nous permirent cependant d’arpenter le Vieux Port de Marseille et de maudire le « Ferry-Boat » toujours en panne.
L’épopée touche presque à sa fin lorsque l’on atterrit enfin sur la case « contrôle sécu », le Grand Oral du préparateur. Il s’agit là de prendre un organisateur par la main et de lui offrir la possibilité de se rompre le dos en pénétrant dans le bateau, voire de se fouler la cheville en fourrant le pied dans l’une des caisses à outils répandues en vrac dans le cockpit. L’organisateur vérifie ensuite que tout le matériel obligatoire a bien été embarqué. Un contrôle sécu bien négocié vous envoie directement sur la case « Instructions de Course ». Sinon, il faut retourner sur la case « Shipshandler » et payer 100 euros.
Mon contrôle sécu se passa bien et je me retrouvais rapidement dans les salons de la Société Nautique de Marseille pour la remise des Instructions de Course. Au passage, je laissai quelques chèques…
Fortement éprouvée par cette préparation, j’hésitai à me livrer à la dernière des tâches, à savoir le nettoyage de la partie immergée du bateau. Il faut dire que la couleur de l’eau du Vieux Port de Marseille n’incite pas vraiment à cette baignade et j’étais très perplexe vis à vis de la petite couche de gasoil qui faisait miroiter la lumière de Marseille et venait ça et là napper une belle eau saumâtre. Enfin, une baignade devant la mairie de Marseille, cela ne se refuse pas et, par principe, mon bateau doit faire l’objet de toutes les attentions. Il en allait aussi de ma tranquillité intérieure….
Le jeu de la préparation commence souvent très doucement. On se satisfait parfois d’une épissure faite dans la journée, pourvu qu’il y ait eu un bon repas au soleil ou quelques discussions sympathiques. Puis, l échéance de la course approchant, le rythme s’ accélère et l’on finit par enchaîner des journées de 12 heures à sauter frénétiquement de case en case en se délestant souvent des quelques billets que l’on avait encore en poche. Le « Shipshandler » n’est plus seulement « shipshandler », il devient caverne d’Ali Baba et l’on serait prêt à sauter au cou du vendeur qui délivre le précieux boulon, la précieuse petite garcette.



